JAZZ : CEDRIC CAILLAUD « With Respect To A.C. Jobim » (Fresh Sound Records / Socadisc) Sortie le 27 novembre 2020

En concert  Jeudi 10 décembre 2020
à 18h  (horaire à confirmer en fonction des nouvelles directives gouvernementales) Au 
Sunset

Cédric Caillaud : contrebasse – Gilles Réa : guitare – Hervé Meschinet : flûte

En remontant une rue de Paris, un soir de pluie, à la nuit tombante, deux hommes marchent en s’entraidant, se soutenant l’un l’autre. Ils sont loin, touchants, complices… L’image est belle mais elle est trompeuse. Si on s’approche, ces deux hommes ne sont qu’un, un homme et sa contrebasse. Sur scène, comme dans la vie, ils ne font qu’un, se fondant l’un dans l’autre. Cédric Caillaud, contrebassiste de son état, n’est que fusion entre son instrument et lui. En période de disette, il y a des années de cela, alors qu’il débutait dans le métier, courant le cachet, le musicien dormait dans un petit appartement vide dans la housse de sa contrebasse en guise de sac de couchage, partageant avec son instrument les galères des premiers temps. Vingt ans plus tard, ce rochelais « monté à Paris » fait partie du sérail. De ceux qui assurent, de ceux qu’on appelle systématiquement pour partir sur la route, en tournée, parce qu’il est un des piliers sur lesquels la confiance et l’inspiration sont possibles.

En vingt ans de carrière, Cédric Caillaud a parcouru le monde entier aux côtés des légendes internationales du jazz, Harry Allen, Scott Hamilton, Ed Thigpen, Alvin Queen, Bobby Durham, Don Menza, Pee Wee Elis, Lew Tabackin, Robin McKelle, Yutaka Shiina, Mike « Spike » Wilner… et des piliers du jazz français, René Urtreger, Christian Escoudé, Marcel Azzola, Manu Dibango, Marc Fosset,Alain Jean-Marie, Florin Nicolescu, Ralph Tamar, Thomas Dutronc, China Moses, Nathalie Dessay… Sideman, Cédric Caillaud apparaît sur une trentaine d’enregistrements. Leader, il se fait plus dis-cret, il prend son temps, préférant laisser mûrir ses projets pour mieux les faire aboutir. « With Respect To A.C. Jobim » est son quatrième opus. Son second, depuis 2012, sur le magnifique label Fresh Sound Records.UN SON « À LA FRANÇAISE »Le répertoire est 100% brésilien mais c’est un son personnel que Cédric Caillaud présente avec ce trio. On entend au loin cette école française qui réunissait en son temps Patrice Caratini et Marc Fosset. « J’ai beaucoup joué avec Marc » confie Cédric. « Je l’admire. Avec lui, la musique est une conversation. Mais je ne connais pas vraiment ses disques avec Patrice. Pour ce qui est de l’école française, j’ai plutôt écouté Pierre Michelot et Luigi Troussardi que j’ai bien connus, concernant mes références européennes je me suis tourné vers l’école danoise, Hugo Rasmussen, NHOP, … J’aime ces bassistes qui ont un jeu solide, « strong » et « straight », qui dégagent de par leur culture une poésie à l’européenne. Mes grandes référen-ces viennent de la culture américaine. Ray Brown et Ron Carter sont mes mentors. Ils sont tellement « strong » et profonds. À chaque note jouée, c’est comme si ils plantaient un arbre. Mais ils n’ont pas cette poésie européenne. Pour moi, c’est George Mraz qui fait le pont entre les deux cultures … Aujourd’hui, je cherche à réunir ce lyrisme à l’européenne et ce jazz mainstream si profond que j’aime tant. Je prends du temps à faire mienne une mélodie, à estimer que je la joue convenablement. Ce qui me fascine est l’émotion propre que dégage une chanson. Pour en sortir la substantifique moelle, j’ai cherché la combinaison idéale. Celle qui permet l’échange et provoque le dialogue.» En d’autres termes, ce trio exprime l’art de la conversation, cherchant à travers celui-ci un subtil mélange entre l’efficacité de la musique noire américaine et la poésie de la musique française. ANTONIO CARLOS JOBIM« Jobim ouvre le choix des possibles. C’est est un très grand compositeur, un des génies du XXème siècle. En travaillant sur ses compositions, on peut exister pleinement, garder et exprimer son identité. Ses mélodies ont une dimension universelle. Jobim est le chaînon manquant de ma vie de musicien. Bien que je ne sois encore jamais allé ni au Brésil ni en Argentine, j’ai toujours eu un faible pour le tango et la bossa nova. Pour moi, les musiques latines et la musique française ont des liens très fort, intimes. J’y trouve une sensibilité différente de celle du jazz. J’aime les compositions de Jobim pour cela. Ce sont de vrais compositions abouties, fortes, complexes et, en même temps, très séduisantes et populaires. »LE RÉPERTOIRE« Je cherchais à proposer un son, une manière d’aborder la musique qui me soit personnel. Je n’ai pas forcément choisi les chansons les plus célèbres. J’ai choisi des morceaux que je pensais pouvoir faire sonner. Les mélo-dies d’A.C. Jobim me touchent et me transportent depuis bien longtemps et j’ai souhaité m’en saisir pour pro-poser un son différent de ce qui existe. J’aime ne pas figer les choses, je voulais créer un climat, un univers. Pour cela, j’ai choisi volontairement la formule la plus dépouillée possible, une orchestration intimiste qui me permette d’exprimer ce que j’avais dans un coin de la tête et qu’on ne m’invite pas à réaliser dans ma vie de sideman. » LES MUSICIENS« Dans ce trio, il n’y a pas d’instrument roi, chacun est tour à tour accompagnateur et soliste, traité sur un même pied d’égalité. Le but est l’échange, la fluidité, l’émotion. Les musiciens sont deux vieux potes, deux tempéraments différents et complémentaires. Avec eux, j’ai cherché l’intime, le confidentiel. Je n’ai pas cherché la fougue de la jeunesse, j’ai préféré l’expérience et la maturité de mes deux vieux complices. Gilles Réa est un Hank Jones de la guitare, un félin qui se faufile dans la musique, il se fond avec subtilité dans le son de l’orchestre. Hervé Meschinet est un vrai flûtiste, non pas un saxophoniste qui joue de la flûte. La flûte est son premier instrument. Il a un vrai son avec du corps et du timbre. C’est un fougueux, un impulsif, son jeu est désinhibé, avec en lui une vraie envie de séduire. C’est un musicien très vivant. »La vie de Cédric Caillaudn’est que musique, au service des autres, au service de la Musique avec un grand M. Ce quatrième opus est une totale réussite. Sur le répertoire d’Antonio Carlos Jobim, Cédric a su réunir une équipe qui constitue une réelle unité, être ensemble, jouer ensemble, vibrer ensemble pour mieux s’élever, communier,célébrer, partager.