JAZZ : CHRONES Premier album «Mental Climbers» (Art District Music / Socadisc)

 

CHRONES est un groupe de Jazz Grunge né de la
rencontre de quatre musiciens de la scène montante parisienne.
Biberonné aux groupes de Rock des années 90/2000 (Nirvana,
Blonde Redhead, Sonic Youth, Deerhoof, Pantera…), le groupe
couple ces influences à une culture du Jazz et de l’improvisation
pour créer un son massif, incisif, nouveau et surprenant.
CHRONES   19 Juin 2020


Un groupe atypique composé de Pierre Lapprand (saxophone ténor), Baptiste Ferrandis (guitare), Etienne Renard (contrebasse) et
Paul Berne (batterie). On pourrait imaginer que ces quatre-là jouent
une musique créée par un Francis Bacon faisant jaillir la couleur improvisée. Mais le terme « Chrones » vient d’un livre à succès d’Alain
Damasio, iconique de leur génération, La Horde du Contrevent, un
roman de science-fiction épique dans lequel il est fait mention d’impalpables créatures constituées de vent, les Chrones. Ces êtres mystérieux et fougueux sont impossibles à enchaîner, comme l’est la musique de ce jeune groupe, sur le fil, sur le mur d’une résistance aussi,
à un certain genre de musique d’étiquette. Au contraire, on sent une
grande liberté doublée d’un souffle puissant qui casserait toutes les
frontières pour s’engager sur les chemins surprenants et inconnus
de la créativité, capable d’un syncrétisme des styles, des influences,
capable aussi d’un avant-gardisme caractérisé par la fusion. Jazz fusion
ou jazz alternatif ? Eux se définissent comme Jazz Grunge, inspirés
autant par l’esthétique des jeux vidéo ou de la fantasy que par l’énergie des groupes de néo-métal des années 1990/2000, qui ont frappé
leurs oreilles d’enfants, d’adolescents, de Rage Against the Machine à
Korn. Effets, réverbérations, nuances, mixtion, rage sonore, poétique
de la distorsion, l’acoustique se meut rapidement en électricité non
statique. Où est le jazz ? Dans l’improvisation bien sûr, l’improvisation
libre même, expérimentale. On croit que la forme musicale est stabilisée, mais elle part déjà ailleurs ! Jazz moderne galactique, balades
spatiales, noise-rock, électro-punk rétro-futuriste… Ce premier album est une démonstration époustouflante des chemins inédits que
peut emprunter le jazz aujourd’hui.

Le premier titre, Invincible Star (en référence à l’étoile
d’invincibilité de Mario) s’apparente à une introduction sensuelle et
lyrique, aux accents orientalisants emmenés par les délicates insinuations
du saxophone qui s’étirent lentement, voix fine en suspension, faisant
déjà monter quelques vapeurs d’ondes plus rauques et affirmées en
accord avec la frénésie de la guitare, transformant le tout en un bel
écho de jazz rock teinté de reflets électroniques. Serac, qui débute avec
énergie par une section très rythmique, s’enrobe ensuite des sinuosités
du saxophone pour graviter vers un riff explosif des quatre instruments.
Ce titre trouve dans le mélange entre improvisation, jazz moderne,
grunge et rock un caractère singulier, renforcé par des mélodies inédites
et recherchées. La batterie mène la cadence, profonde et puissante, la
guitare crisse, crache, chante et virevolte, le sax s’emballe, souffle long
et persistant, la contrebasse tient haut son rythme et ses modulations.
À l’épilogue, la terre semble gronder, l’orage électriser l’atmosphère,
nous donnant la vision d’une magnifique apocalypse. Après ce titre pilier
de l’album, Chanson, propose une méditation plus lente, caractérisée
par des sons en cascades, sorte de spirale sonore futuriste où les
instruments s’amoncellent et montent en puissance pour former un
superbe chaos. Chaque instrument entre dans une transe indescriptible
avant de s’évanouir graduellement. F-(oRage) porte bien son nom : les
effets de la contrebasse miment les percements progressifs d’un forage.
Très court, ce titre porte la musique à l’expérimentation extrême. Très
free et court également, Chips n.2 est comme un cri de fureur ou
de jouissance, marqué par la présence de voix. L’excitation rock, voire
métal, est à son comble. De points de rupture et dissonances, le jazz
se contorsionne. Mothership Core court lui à toute à allure, traversé
par de longues phases virtuoses du saxophone qui ne semble jamais
essoufflé. On s’accroche à lui, on plonge dans les abysses d’une incroyable
improvisation, teintée de feu, de lumière sidérale, on suit la trajectoire
d’une comète… Sur Mental Climbers, les sautillements de la flûte
dansent en contrepoint du saxophone. Petit à petit, les effets multiples
des instruments et l’apparition de voix gutturales nous font flirter avec
une musique traditionnelle semblant issue d’une autre dimension. Todi,
un époustouflant mélange de rock et de musique électronique étonne
par sa profondeur, sa puissance, ses improvisations de guitare intenses,
la précision de la batterie et de la contrebasse. L’osmose des quatre
instruments sert ici une énergie qui nous transcende. Dernier titre de
12’45, CCHHHRRRR commence comme une balade peu classique qui
surprend par ses détours, ses virages qui semblent vouloir défier toute
ressemblance à un style musical. C’est un voyage vers d’autres planètes
qui nous est ici proposé, à bord d’un bien étrange vaisseau. Après un
tutti épique, on coupe soudainement les propulseurs pour s’aventurer
en gravité 0 dans un champ d’astéroïdes inexploré, bercé par une
mélopée oscillant entre musique drone et choral improvisé. Passé ce
moment hors du temps, le vaisseau reprend sa route et on finit par
un lent et lumineux crescendo collectif, au terme duquel l’ensemble
se disloquera progressivement, se frictionnant à nouveau et se lovant
définitivement dans une pelote de dissonances.

Pierre Lapprand
Saxophoniste à l’appétit musical vorace, toujours à la recherche de nouveaux
horizons sonores, Pierre laisse ses goûts hétéroclites le porter entre Jazz,
improvisation expérimentale et musique électronique, en passant entre autres
par le métal et les musiques traditionnelles.
Diplômé du département Jazz du CNSMDP, on le retrouve actuellement
dans plusieurs projets avec lesquels il se produit sur la scène française ou
à l’étranger. (CHRONES, Congé Spatial, MaDam RamDam, Thibault Gomez
Quintet, Brice Wassy 4tet, Dedication Big Band…)
Baptiste Ferrandis
Avec ses multiples projets aux horizons musicaux divers (Sarab, Gypsy Galaxy,
Duo Miral, Six Ring Circus…), Baptiste se produit dans de nombreux clubs et
festivals en France et à l’international.
Baptiste cultive un jeu sensible et virtuose empreint de toutes les influences
qui l’ont fait grandir. Il passe du Jazz d’aujourd’hui au hip-hop, du métal aux
musiques orientales et balkaniques, du swing manouche au rock, ajustant ses
envies pour créer une palette de possibilités à la hauteur de ses goûts et de
son attrait pour la richesse culturelle du monde.
Etienne Renard
Qu’il s’agisse de Jazz early swing, de Jazz moderne (Pierrick Pedron, Jeff Ballard,
Carl- Henri Morisset), de freak folk (Rising Cloud Orchestra), de musiques du
monde ou encore de musiques plus improvisées (Santiago Quintans, Samuel
Ber, Thibault Gomez, Kirke Karja, Mikko Innanen ou Liudas Mockunas), Etienne
sait se mettre au service de la musique tout en gardant sa propre identité qu’il
continue à faire évoluer et à renforcer.
Sa volonté profonde est d’aller au plus profond de la musique afin de participer
au modelage du son, qu’il considère comme étant le premier paramètre qui
touche un public.
Paul Berne
Installé à Paris et actif sur les scènes belge, suisse et française, Paul est présent
dans divers projets tels que Sarab, Uptake, ODIL ou encore le Geoffrey
Fiorese Quintet, avec lesquels il a pu enregistrer plusieurs albums ( « So Far So
Good » chez Harmonia Mundi, « Something » chez QFTF…). Il a eu l’occasion
de collaborer avec des batteurs tels que Andy Barron, Simon Goubert, Fabrice
Moreau ou encore Stéphane Galland