JAZZ : YUVAL AMIHAI “I ain’t got nothin’ but the blues” En concert Mercredi 25 avril 2018 à 19h30 Au Sunset Paris

Sortie le 20 avril 2018 de YUVAL AMIHAI : “I ain’t got nothin’ but the blues”
(Fresh Sound New Talent / Socadisc) et En concert
Mercredi 25 avril 2018
à 19h30 au 
Sunset
60, rue des Lombards 75001 PARI

“ I ain’t got nothing but the Blues”. Contrairement à ce que laisse supposer l’intitulé de cet album, le jazzman chercheur de blues notes – ces pigments qui twistent les mélodies d’un peu de dissonance – ne manque pas de richesse harmonique. Ni d’aplomb quand il s’agit de s’attaquer au standard de Duke Ellington. Il avait en tête la version d’Ella Fitzgerald et Joe Pass: “Je voulais faire chanter la guitare comme la voix d’Ella”. Son interprétation sera tout en retenue, slow tempo, avec des bends chamallow, tirés avec espièglerie, créant un jeu du chat et de la souris avec la diva et le Duke. C’est en trio (le bassiste Damien Varaillon et le batteur Gautier Garrigue) qu’il a décidé de cheminer, une formule intimiste avec laquelle il tourne depuis des années, “qui me rapprochait également du blues, ce versant guitare dans le jazz”. Yuval ne craint pas les carrefours, à l’image de sa mappemonde musicale, traçant des ponts imaginaires d’Est en Ouest, de la côte Cotton Club des États-Unis aux déserts du Néguev. Une façon de sauter les frontières en jonglant avec les répertoires, frayant dans le jazz cool, le bop, les shuffles blues et les chants israéliens. Jeux de jazz, sans œillères. De “Love for Sale” de Cole Porter à “Stolen Moments” d’Oliver Nelson, en passant par “So Tender” de Keith Jarrett et bien d’autres pépites du répertoire, sans oublier trois délicates compositions, le musicien rembobine la bande-son du jazz pour proposer ses propres bandes originales : “Je voulais m’inscrire dans la culture populaire du jazz, à travers ses standards. Je n’ai pas suivi de démarche musicologique, j’ai choisi ces titres à l’instinct, en résonance, ils illustrent tous des étapes de mon parcours musical.” Yuval ne détourne pas et évite l’exercice de style pour proposer un éclairage. Et faire entendre sa propre voix, suave, via la rondeur et la chaleur de sa guitare archtop, fabriquée par le luthier newyorkais Victor Baker. L’homme joue sur du velours. Les termes “lyrisme”, “élégance”, “délicatesse” reviennent fréquemment quand on évoque la musique de Yuval Amihai, dont les deux premiers albums ont été salués par la critique (Yuval Amihai Ensemble en 2012 et Longing en 2015). On loue son “apparente simplicité”. Telle est, en effet, la patte, la griffe, de ce virtuose qui refuse d’en être un. Orchestrations a minima, esthétique épurée, discours sur le fil, le compositeur-conteur fuit les mitrailles de notes tout autant que les propos ampoulés. Plutôt plume que gâchette. D’un trait de guitare, il crée des perspectives: “Mon but, c’est que les auditeurs soient touchés par la musique, non refroidis par l’aspect technique. Je me méfie des démonstrations et des concepts pompeux. A mes yeux, la musique doit être universelle, partagée par tous et non la propriété d’une chapelle de spécialistes”, affirme le musicien sans consignes de notes.

Enregistré par Philippe Gaillot aux Recall Studios, à Pompignan, “I ain’t got nothing but the Blues” n’est ni un disque de jazz instrumental, ni un album de guitariste. Yuval a d’ailleurs commencé par étudier le piano à l’âge de huit ans, ses idoles se nomment Bill Evans, Keith Jarrett et Brad Mehldau. On pourrait presque avancer qu’il joue du piano debout, tant son jeu léché et aérien magnifie les mélodies, à l’image de la reprise en apesanteur de “Abide

with me” de William Henry Monk. Cordes sensibles et cuivres chauds via ses deux invités, Hermon Mehari (trompette) et Amit Friedman (sax ténor) sur trois titres, pour des dialogues qui ne manquent ni de souffle ni de respiration, comme dans sa pièce de dentelles “Yuli”. Là encore, on évite les bavardages. Suggérer plutôt que dire, ralentir le temps, calmer le tempo… Dans une autre vie, Yuval aurait pu être yogi. Un homme des silences et des afterbeats, ces temps faibles qui font la force des vocabulaires musicaux. Yuval Amihai joue avec les temps, prenant ses contemporains à contrepied. “Finalement, cet album reflète ma trajectoire, chaque titre évoque un pan de mon histoire, de mes racines”, résume l’artiste né et élevé à Beer-Sheva. Un livre d’images qui s’ouvre sur les premiers pas autodidactes, les scènes de jazz qu’il court dès l’adolescence, puis l’étude de la musique classique et l’écriture de musiques de chambre. Il illustre tout cela au son de “Pizmon La’yakinton”, un berceuse qu’il fredonne de ses cordes sensibles, et d’un hommage à Eviatar Banai, un songwriter plus pop mélancolique que jazz fiévreux, connu pour sa dévotion et “ses mises à nu”. Il y a ensuite le chapitre parisien, où il a débarqué en 2005, écumant rapidement les spots jazz et plongeant dans le swing local, à l’image de sa reprise jubilatoire de “Delphine à Lancien” des Demoiselles de Rochefort. Nouvelle escale à New York, où il s’est récemment installé. Depuis quatre ans, le musicien s’y rend plusieurs fois par an pour s’immerger dans les jams hots des clubs downtown, tels le Fat Cat et le Smalls. “Il y a là-bas une culture et une énergie à part, s’enthousiasme-t-il. Ce qui me bluffe, ce sont les rencontres entre musiciens, la communion artistique et le niveau incroyable qui te poussent continuellement à te dépasser.” Pas question de tirer la couverture à soi, il faut savoir partager, s’écouter. S’accorder sans rouler des mécaniques. Un nouveau départ, sans filet, au cœur de l’histoire du jazz. Yuval Amihai a beau aimer les standards, lui ne l’est définitivement pas.

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Sortie le 20 avril 2018