GUITARE : Calum Graham En concert au Sunside Jeudi 16 novembre 2017 à 19h30


Calum Graham. Au Canada, la guitare est le sport national numéro 1, n’en déplaise aux
taquineurs de crosse. On ne compte plus les virtuoses qui martèlent
leurs caisses de résonance comme s’il s’agissait de fûts ou qui jouent
leurs guitares non pas debout, mais sur les genoux, une façon de dire
qu’ils sont libres, vous comprenez ? Pas question de gratter trois
accords comme des « niaiseux », la musique s’écoute tout autant qu’elle
donne à voir. Showtime. La preuve avec Calum Graham, un « pourri de
talent » comme disent nos cousins acadiens.


A tout juste 25 ans, le guitariste de High River, en Alberta, n’a plus rien
d’une révélation : il a déjà sorti cinq albums, s’est produit aux Jeux
Olympiques de Vancouver et de Londres, a glané nombre d’awards
(lauréat de divers tremplins de guitare outre-Atlantique). Un phénomène
du net, dont les vidéos explosent les compteurs, 9 millions de clics pour
Tabula Rasa sur Spotify. Ce Midas qui s’ignore transforme tout ce qu’il
joue en or.
Comme beaucoup d’artistes de l’écurie CandyRat Records, Calum est
un virtuose de la guitare fingerstyle (joué aux doigts donc, mais avec les
dix), un funambule des sauts de cordes et des techniques de jeu
percussives. Comme eux, il tape sur du palissandre et ça lui va bien.
Influencé par Don Ross, Michael Hedges et Tommy Emmanuel, jeune
frère d’armes d’Andy McKee et Antoine Dufour, l’étalon aurait pu céder
aux mitrailles de notes et aux doigtés de dingos. Jeux de mains, jeux de
Canadiens, dit-on souvent. Pas question d’endosser un smoking de
prestidigitateur, il a choisi les habits du musicien-compositeur. « C’est
vrai, le monde de la guitare instrumentale est une niche, avec un aspect
technique très prononcé, mais à mes yeux, c’est avant tout de la
musique. Certains ont peut-être l’impression qu’il manque du chant et
des paroles, selon une conception mainstream de la musique, mais s’ils
écoutent attentivement les pièces instrumentales, ils découvriront la
richesse des voix que la guitare décline. Plus qu’un instrument, la
guitare est une chorale. »
Débutant la six-cordes à l’âge de treize ans, le teenager verse alors
dans le rock et le punk, pas encore dans les renversements d’accords
jazz et les mathématiques harmoniques. C’est en découvrant Don Ross
qu’il va se plonger dans le monde fingerstyle et ses savants terrains de
jeux. 2013, l’année de la consécration. Calum Graham sort deux opus,
l’un en duo acoustique avec le mentor Don Ross (album 12:34,
enregistré dans les célèbres studios Metalworks de Toronto), l’autre
instrumental, en solo (Phoenix Rising, première signature chez
CandyRat). Chez ce Graham-là, les guitares ont beau être en bois, il
faut que ça larsène. Pas du style Canadair à décibels, mais kid à la cool
adepte des douces mélodies et des digressions en tous genres. Ses
résonances sont bien plus profondes que celles de la caisse de ses
guitares. Calum n’allume pas, il illustre. Une gâchette qui ne flingue pas
à tout-va, contrairement à beaucoup de ses compagnons du bourrage
papier à musique. C’est vrai, il reprend « Billie Jean » à la guitare-harpe,
instrument de torture s’il en est, mais chez lui, les jeux de cordes
magnifient le gimmick du roi de la pop, sa voix feutrée, un tantinet
éraillée, délicieusement déchirée, et son groove sans esbroufe traçant
un subtil Moonwalk mid-tempo. « A la manière d’un homme-orchestre, cet
instrument me permet de proposer un arrangement complet, notamment
via les cordes de basse supplémentaires qui posent la trame du
morceau. » Levez le nez du trottoir, ça s’illumine sous ses doigts.
Lorgner d’autres pistes, d’autres gammes, se réinventer malgré le
succès naissant. En 2016, Calum Graham sort son cinquième et dernier
album, le bien nommé Tabula Rasa, dans lequel il fait en effet table rase
du passé en sortant la voix. « Il y a environ deux ans, lors de ma
première tournée en Allemagne, j’ai senti qu’il me fallait écrire un
nouveau chapitre, emprunter de nouveaux chemins. J’ai composé
Tabula Rasa pour me rappeler que malgré tous les changements, les
cheminements, je ne me perdrais pas. » Adepte des mélopées soul, des
refrains parfois pop façon Bryan Adams (« Ghost », « Easy to Love »), des
ballades acoustiques à la John Butler ou des complaintes blues qui
sentent bon la tourbe et Robert Johnson, le musicien joue avec brio des
cordes vocales. Sensibles, toujours. Evidemment, les morceaux
masterclass ne manquent pas (« The Nomad », « Tabula Rasa », « Point of
Contact » avec Antoine Dufour, autre Géo Trouvetou de la guitare) :
cordes tirées, frappées, slappées, pincées, dentelles d’harmoniques,
percussions sur caisse et autres effets pyrotechniques… Les partitions
sont apocryphes, révélées dans les mystérieux codex de Calum.

En concert au Sunside Jeudi 16 novembre 2017 à 19h30